
Lauryne, 6 ans, décédée samedi sur le contre-la-montre de la 8e étape du Tour de Guadeloupe, percutée par une voiture, a été enterrée hier au cimetière du Gosier. Christian, témoin de l'accident, se dit « choqué qu'on n'ait pas arrêté la course » . Une enquête est ouverte. L'autre enfant blessé, Grégory, 8 ans, est sorti de l'hôpital. Ses blessures sont moins grave qu'on l'a craint au départ.
Environ 300 personnes étaient réunies hier pour faire leurs adieux à Laury- ne, fauchée sur le Tour. La cérémonie religieuse s'est déroulée au domicile familial de Mare-Gaillard. Une cérémonie très digne, où se sont succédé les intervenants des églises catholiques et adventistes dont étaient issus les membres de la famille.
Devant un auditoire très ému, le père de Lauryne, Luc Lesuperbe, a tenu à lire un hommage à sa fille. Katia Lassure, la mère de l'enfant, a souhaité « vivre ce moment dans la prière » . Tous les camarades de classe de la victime étaient présents, ainsi que ses amies de la JSM de Saint-Félix, association où elle prenait des cours de tambour et de danse.
La vice-présidente de la Région, Josette Borel-Lincertin, était présente pour s'associer à la douleur des parents. Elle a souligné « la tristesse et la difficulté de perdre un enfant de 6 ans à la veille de la rentrée scolaire » . Lauryne, en effet, s'apprêtait à passer en CE1 à l'école Kleber-Moynet.

- TÉMOIGNAGE : « Les enfants étaient couchés sur le bitume et les cyclistes continuaient de passer »
Christian était là quand l'accident s'est produit. « J'étais allé regarder la course près de chez moi. Ça s'est passé très vite et c'était extrêmement violent. » Ce dont il se souvient, c'est qu'il y avait des gens des deux côtés qui regardaient la course. « La dame a perdu le contrôle et sa voiture a percuté un scooter. Après, elle a renversé la petite fille et un petit garçon qui traversait la route en même temps. Et elle s'est retrouvée dans la ravine, dans l'eau, les quatre roues en l'air. »
Sur le coup, personne ne s'est préoccupé des occupants du véhicule. « Les gens continuaient à regarder leur course pour certains, d'autres s'occupaient de la petite fille et du petit g arçon qui étaient par terre. Les gens se sont plus inquiétés des deux gamins que de la voiture qui les avait percutés. »
Finalement, un adolescent du quartier est descendu dans la ravine. « Il a été ouvrir la voiture. Il y avait quatre ou cinq enfants à l'intérieur avec la dame. Et des enfants en bas âge, qui ont été aussi blessés, même si c'est très légèrement. »
Aujourd'hui encore, Christian est choqué par ce qu'il a vu ce jour-là. « Les enfants étaient couchés sur le bitume sous la pluie et les cyclistes continuaient de passer. » Il ne comprend pas que l'organisation du Tour n'ait pas arrêté la course : « Il y avait quand même deux gamins par terre pendant 30 mn. Ils n'ont jamais arrêté la course. Ça m'a choqué. »
« Que faisait cette voiture dans la course ? »
Christian s'étonne aussi du nombre de véhicules qui circulaient pendant la course. « Si l'enfant avait été tapé par un cycliste ou une voiture officielle, j'aurai pu comprendre. On est dans la course. Mais pas par la voiture d'un particulier qui est pressé parce qu'elle prépare un baptême. Il ne devrait pas y avoir de voitures sur le circuit, pas sur cette course-là. Pas sur un contre-la-montre. Ça aurait pu arriver à un cycliste aussi. »
Si pour lui la responsabilité de la conductrice ne fait aucun doute, il pointe du doigt l'organisation. « Une voiture à cette allure-là, je ne vois pas ce qu'elle faisait dans la course. Il y en avait tellement des voitures comme ça. Je ne sais pas comment se sont passées les autres étapes, mais cette étape-là, c'était vraiment un carnaval, du n'importe quoi. »
Christian s'énerve aussi quand il entend aux informations que les secours sont arrivés rapidement. « Tout le monde a pris son téléphone et a appelé les secours On les a attendus près de 25 minutes. » Il ne comprend pas que cela ait pris autant de temps. Il pensait que les secours étaient sur la course, au cas où... Christian espère ne jamais revivre un tel drame. « Il y a quand même une petite fille qui est morte. Elle avait le droit de regarder une course. Elle n'aurait pas dû mourir pour ça. Si cela pouvait ne plus jamais arriver... Ça n'aurait jamais dû arriver. »

JUSTICE - Une enquête pour établir les responsabilités
Une enquête est ouverte pour homicide et blessures involontaires avec incapacité de travail inférieure à trois mois. Un expert a été saisi dès lundi par le parquet pointois. Il s'agira de déterminer les circonstances de l'accident et les responsabilités.
« Les circonstances sont encore floues, explique le vice-procureur Christophe Auger. Il y a des éléments à étayer : choc des véhicules, vitesse, fautes de la conductrice, en plus du défaut de maîtrise... » L'organisation de la sécurité sera également analysée. Était-elle suffisante au vu de ce qui s'est produit ?
Pour Christophe Auger, « la responsabilité du conducteur sera engagée, quelle que soit l'éventuelle responsabilité de l'organisation. La conductrice sera de toute façon responsable de l'accident pénalement. Cela viendra peut-être atténuer sa propre responsabilité pénale en tant que personne physique si l'on fait la démonstration, mais qui n'est pas acquise, qu'il y a eu une faille dans l'organisation du Tour. »
L'organisation mise en cause ?
L'expert et l'enquête devront répondre à un certain nombre de questions.
« D'après les premiers éléments, on laissait passer des véhicules entre deux passages de coureurs, précise le vice-procureur. Il faut voir combien de véhicules, entre combien de coureurs. Il faut voir ce qui avait été prévu sur la feuille de route initiale au niveau de l'organisation et ce qui, concrètement ce jour-là, a failli ou pas en fonction des éléments que l'on va pouvoir recueillir lors des auditions. »
L'organisation pourrait se voir reprocher une responsabilité pénale indirecte. « Bien évidemment, les organisateurs du Tour n'avaient pas l'intention de provoquer un accident, mais ils n'ont peut-être pas pris toutes les précautions suffisantes pour l'éviter. Donc ils ont pu, par une défaillance, pour autant qu'on la démontre, participer à l'accident qui s'est produit dans la causalité des faits. C'est ce qu'on appelle la causalité indirecte. »
Selon le vice-procureur, « on peut avoir une chaîne de responsabilités pénales croisées » . Pas forcément simple à démêler. « On pourrait très bien n'avoir en cause, in fine, que la conductrice de la voiture et pourquoi pas une responsabilité sur le terrain civil des organisateurs. »
Il n'exclut pas l'ouverture d'une information judiciaire. « Si on entrevoit dans l'enquête des défaillances au niveau de l'organisation et à tous les niveaux (préparation, sur site...), il est possible qu'on soit amenés à ouvrir une information. Cela prendra des mois, peut-être des années. Quand on est sur une chaîne de responsabilités pénales, c'est toujours très long. »- 3 QUESTIONS À JOSEPH JASON, RESPONSABLE DE LA SÉCURITÉ DU TOUR CYCLISTE : « J'avais doublé le nombre de signaleurs »
Des témoins de l'accident ont été très choqués de voir les cyclistes passer près du corps de la fillette. Pourquoi ne pas avoir arrêté la course ?
J'ai su qu'il y avait eu un accident sur la route de Dalciat, mais je n'avais pas connaissance de sa gravité. J'ai appris qu'une enfant était décédée seulement à la fin de la course. C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas interrompu le contre-la-montre.
La sécurité était-elle suffisante ? Comment se fait-il qu'une voiture ait pu circuler à ce moment-là sur le circuit du Tour ?
J'ai doublé le nombre de signaleurs sur ce contre-la-montre de 19 kilomètres. Ils étaient 64! Nous avons tout fait pour qu'aucun véhicule ne circule sur le circuit. Mais il n'est pas possible de surveiller en permanence les voitures qui sortent des propriétés ou des petites routes de campagne. J'en appelle à la responsabilité individuelle des automobilistes. La dame qui conduisait la voiture ne pouvait-elle pas prendre un autre chemin ou attendre la fin de la course avant de prendre le volant ?
Ce tragique accident va-t-il influencer l'organisation du prochain Tour cycliste de la Guadeloupe ?
C'est un enfant du pays qui nous a quittés. C'est vraiment triste et nous sommes très affectés. Nous avons fait le maximum pour la sécurité. Cela dit, je vais plaider, lors des réunions en préfecture pour le prochain Tour, pour que les circuits des contre-la-montre soient complètement fermés et pour que des déviations soient mises en place l'année prochaine.